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Chapitre 2

Il ne répondit pas tout de suite, puis acquiesça d’un signe de tête.

- Comment tu t’appelles ?

- Alexandre, me répondit-il.

Quel prénom sublime. Il me rappelait le petit garçon angélique des Amitiés particulières que j'avais lu l'année précédente. Il évoquait aussi le grand conquérant grec qui devait être infiniment plus beau que le pâle acteur qui l’avait incarné dans un film récent. Je fus séduit immédiatement par ce prénom. Je lui dis le mien et on entama ainsi la conversation. Il avait dix-sept ans à peine, bientôt dix-huit, venait de réussir son bac littéraire, n’avait pas de petite copine (et pas encore de petit copain pensais-je), habitait chez ses parents, une famille bourgeoise, dans le XVème arrondissement de Paris. Il faisait à peu près la même taille que moi. Je me noyais dans ses yeux d'un bleu clair et me rattrapais dans ses courtes boucles blondes.

On parla longuement de tout et de rien, le temps paraissait s'être arrêté. Cette conversation m’enchantait et me mettait en émoi, cela se serait remarquer si j'avais du me lever. Je lui proposai d’aller chez moi boire un verre et il me répondit que c’était trop tôt pour ça. Un coup d'œil à ma montre m'indiqua qu'il n'était pas si tôt que ça, on n'avait pas vu le temps passer. Je le pensais aussi mais j’espérais que ça ne tardera pas trop quand même.

On s’échangea nos numéros de téléphone et on promit de se revoir rapidement. Au moment de nous séparer il me tendit la main. Je la saisis et l’attirai vers moi pour l’embrasser. Il résista un peu avant de céder et nos joues se touchèrent. Je n’avais pas encore lâché sa main. Je le tirai à nouveau délicatement et d’un mouvement très rapide il vint me déposer un baiser sur mes lèvres et s’enfuit en courant.

***

« Longer par le coté droit puis passer par derrière. Il y aura une porte ouverte qu’il suffira de pousser. » Voici la porte ouverte, les indications de Monsieur Claude étaient parfaites. « Une fois dedans, barrer la porte et prendre le couloir jusqu’au bout. » Au bout je débouchai dans le chœur. Je le vis nu, allongé de tout son long sur le carrelage glacé, les bras étendus en croix de part en part, sa soutane à coté de lui. Il avait entendu mes pas alors sans même lever sa tête il implora :

- je mérite pénitence.

A coté de lui sur le sol il y avait une verge dont je me saisis et je commençai à lui flageller le dos. Il resta silencieux un moment puis me dit qu’il méritait un châtiment plus fort, alors je redoublai de force. Ses gémissements se firent entendre, des gémissements de douleur et non de plaisir, quoique ? Toute son échine frémissait et rougissait sous mes coups. En moi un sentiment de répugnance à cet acte se mêlait à une certaine délectation du fait que c’était un homme d’église à qui je l’infligeais, un homme de la secte romaine adoratrice d’un crucifié qui répandait le malheur sur Terre car c’est du malheur qu’elle s’alimentait. Si elle avait voulu le bonheur des hommes elle aurait déjà agi depuis longtemps mais c’eût été contre productif car les hommes heureux n’ont pas besoin de superstition alors que plus les gens sont malheureux plus ils se tournent vers un arrière monde fait de promesses stériles dont bénéficient ceux qui les font, à savoir les prêtres des diverses religions.

Ses gémissements se transformèrent petit à petit en cris aigus à chacun de mes coups. La croix que ses bras faisait avec son corps était désormais de plus en plus déformée, ses bras cherchant à arrêter la source de sa douleur alors que sa volonté tentait de les garder immobiles. Son dos n’était plus seulement rougi mais marqué par des stries visibles d'un rouge de sang. Ses fesses étaient restées blanches comme la neige lorsque je me dis que je devais leur donner de la couleur également. Mes coups se portèrent alors vers cette partie de son anatomie, je me sentis comme un artiste qui ne devait négliger aucune partie de sa toile pour parfaire son œuvre d’art. Il ne s’attendait pas à ce que je frappe à cet endroit et, au premier de mes coups, poussa un hurlement, vite étouffé. Ses fesses rougissaient et prenaient la même couleur que son dos. Sa volonté avait de plus en plus de mal à maîtriser ses bras qui voulaient venir le protéger des coups. Ses jambes ne restèrent pas statiques, il gigotait désormais beaucoup mais continuait à s’offrir à sa punition. Je portai ensuite mes coups sur l'arrière de ses cuisses, puis entre elles après les lui avoir écartées du pied. Il avait beaucoup de mal à les garder ouvertes. Entre ses fesses j’aperçus ses couilles, comment allait-il réagir aux coups que j'y porterai ? La frappe suivante fut dans l’axe de son corps entre ses cuisses, les filaments de la verge s’enroulèrent sur ses fesses et certains atteignirent ses couilles. Ce fut un nouveau cri qu’il poussa et ses jambes se resserrèrent aussitôt pour protéger ces parties particulièrement sensibles. De mon pied je l’obligeai à écarter ses cuisses et je repris les coups en visant ses bourses. Le quatrième coup fut accompagné chez lui d’un hurlement et de convulsions désordonnées. Son corps ne formait plus aucune figure lisible sur le sol, je compris qu’il était en train de jouir. Mon coup suivant lui fit pousser un autre hurlement et tout son corps se recroquevilla, ses mains se portèrent au devant de la verge pour faire cesser son châtiment.

Sur le sol il prit la position du fœtus et ne bougea plus. S’il n’y avait cet halètement rauque j'aurai pensé qu’il dormait ou qu’il était mort. Je pris l’enveloppe posée à coté de sa soutane, je vérifiai le nombre de billets qu’elle contenait et je partis le laissant ainsi gisant sur le sol. Ses paroissiens se doutaient-ils de l’utilisation qui était faite de l’argent de la quête ? La récolte était bonne ce soir, Monsieur Claude allait être content.

Je ne pus attendre d’arriver chez moi, je fis demi-tour et pénétrai de nouveau dans l’église. J’ai sorti ma bite et je me branlai furieusement. Frapper sur ce prêtre m’avait laissé dans un état d’excitation inimaginable et il fallait que je me soulage de cette tension. Mais je ne voulais pas, tel Onan, me répandre par terre alors j’avisai un livre qui se trouvait sur une table de ce bureau. C’était une Bible, je l’ouvris au hasard et je lui ai fis l’offrande de ma semence. Au moment où mon sperme jaillit je pus déchiffrer sur la page qui allait le recevoir ces mots « Tu n'adoreras pas d'autre dieu que moi. » Je retournai alors dans le cœur de l'église pour soulager ma vessie, le démon qui m'avait saisi me poussa vers une pile de missels que j'arrosai abondamment. Le prêtre était toujours recroquevillé au sol mais les yeux grands ouverts il me regarda faire sans rien dire. Sur l'autel j'aperçus un calice. Une envie jouissive me saisit alors, le comble du blasphème, je m'imaginais déféquant dans cette coupe sacrée un sacré étron.

En arrivant chez moi je me masturbai de nouveau, avant de me coucher, en repensant à la soirée que j’avais vécue. Puis pendant la nuit je m’imaginai à la place du prêtre ce qui déclencha immédiatement une nouvelle érection que je dus calmer aussi tôt. Cette séance m’avait vraiment chamboulé et certainement que je n'allais pas l’oublierai de si tôt.

***

Je passai chez Monsieur Claude pour lui payer son dû puis j'allai à la FNAC pour rêver sur les home-cinémas et faire une première évaluation en vue de choisir celui qui ornerait bientôt mon nid douillet. J’aurai certainement de quoi m’en offrir un dans une semaine, sinon dans deux.

Alexandre m’appela, ce qui m’emplit de joie. Nous convînmes de nous retrouver prés de Notre Dame. On flâna sur les quais et on se fraya un passage parmi la foule de Paris plage. Alexandre se jeta sous un brumisateur, je le suivis. Nous étions heureux et ça se voyait. J’eus envie de l’embrasser devant tout le monde et tant pis pour les grincheux qui s’en offusqueraient. Je le serrai dans mes bras au milieu de la foule et je lui donnai un baiser enflammé, cherchant sa langue à l’intérieur de sa bouche. Il me laissa faire et nous restâmes enlacés quelques minutes beaucoup trop brèves mais suffisantes pour me permettre de sentir, à travers le tissu, son émoi dans sa braguette. On bifurqua vers le jardin des Tuileries, puis la place de la Concorde. Il me demanda si j’habitais loin, je lui dis qu’il y en avait pour environ un quart d’heure de marche.

Il savait que j’habitais seul mais il ignorait dans quelles conditions. Alexandre sembla impatient puisqu’il me demanda à nouveau si c’est encore loin, et je lui dis qu’on arriverait bientôt. L’après-midi promettait d’être chaude, il ne m’avait pas paru si fougueux tout à l’heure. Je me fis la remarque que grâce à mon travail actuel j'avais appris à ne jamais manquer de préservatifs et de lubrifiant. Nous étions dans l’ascenseur quand il me dit :

- ouf enfin, je pouvais plus tenir.

Je compris alors son impatience, il y avait trop de monde dans la rue pour se mettre à uriner sur un arbre. Puis je me souvins, paniqué, que j’avais laissé un trophée dans le pot de chambre en sortant tout à l’heure. Mon seul espoir fut que mes propriétaires soient passés faire le ménage entre temps. Il fut de courte durée, à peine étions-nous à l’intérieur de la chambre que je remarquai, horrifié, que le pot de chambre n’a pas bougé de place. Il me demanda où étaient les toilettes et je dus lui avouer que je n’en avais pas.

- T’as qu’à faire pipi dans l’évier, je regarderai pas.

- Mais c’est pas pipi que je dois faire.

L’après-midi avait commencé par un rêve qui s’était mué tout à coup en cauchemar puis allait redevenir un rêve par la magie d’Alexandre. Mais alors qu’il m’a annonçait que son besoin n’était pas petit mais gros c’est rouge de honte que je lui montrai le pot, ce qui eut l’air de l’amuser. Tout en se retenant de rire, car s’il se laissait aller il ne pourrait certainement pas contrôler ce qu’il devait retenir encore un peu, il me dit que ça faisait au moins quinze ans qu’il n’avait pas utilisé un tel ustensile. Je ne participai pas à sa bonne humeur, je n’étais pas du tout rassuré sachant ce que cachait le couvercle et le temps n’était plus aux tergiversations. Il prit le pot et en retira le couvercle pour découvrir mon œuvre du matin. Ça ne le gêna pas plus que ça et il éclata de rire au risque d’un accident. Je me détendis enfin.

Je lui dis que je pouvais sortir le temps qu’il fasse ses besoins mais il me répondit que ce n’était pas nécessaire et sans aucune pudeur, bien au contraire, restant face à moi, il commença à ouvrir sa ceinture, baisser sa braguette, puis il fit tomber ses pantalons sur ses chevilles. Son érection était immense dans son boxer rouge. De deux coups de pieds il se débarrassa de ses chaussures et de son pantalon. Son besoin pressait pour qu’il puisse prendre le temps de me faire un striptease dans les règles de l'art, alors il n’attendit pas pour faire glisser son boxer et m’apparaître dans toute sa splendeur. D’un coup de pied il l’envoya de l’autre coté de la minuscule pièce et il s’agenouilla pour poser son cul sur le pot. Il lui était impossible d’uriner avec une telle érection mais ce n’était pas le plus urgent. Avec ses mains il se saisit du bas de son t-shirt et le retira d’un mouvement circulaire très gracieux. À l’exception de ses chaussettes il m’apparaissait nu.

Mon érection, quoi que masquée par mon pantalon, était au moins aussi intense que la sienne lorsqu’il me dit :

- tu vas pas rester habillé alors que je suis à poil ?

Il ne me fallut pas plus de quinze secondes pour tout retirer, chaussettes comprises, et lui montrer l’état dans lequel il m’avait mis. Soudain son visage changea, de gai il passa par la crispation pour arriver à l’extase. On aurait pu croire qu’il atteignait le paradis alors qu’il expulsait le contenu de ses intestins dans un soupir d’aise et de jouissance. En lui tendant le papier je lui donnai les consignes de mes propriétaires en lui disant de ne pas le jeter dans le pot. Il me proposa de m’en occuper moi-même, se leva et, penché en avant, me présenta ses magnifiques fesses. Je pris une feuille et m’approchai. Je déposai un baiser sur ses reins tout l’essuyant. Je continuai à baiser son dos et ses fesses où les poils blonds faisaient un doux duvet en le nettoyant consciencieusement. Au comble de l’excitation j’ouvris ses fesses des deux mains pour déposer un baiser sur sa rondelle, puis je ne résistai pas à l'envie de sortir la langue pour la gouter. Je la léchai longuement, encouragé par ses gémissements, elle avait un gout délicieux qui ne me dégouta pas. Plus tard je me ferai la remarque que je n'aurai jamais pu faire la même chose à un autre garçon.

Je me levai, le saisis par la taille et l’entraîna sur le lit, j'étais prêt à le violer et lui prêt à se laisser violer. Nos bouches se rejoignirent et on échangea nos salives en nous frottant l’un sur l’autre, tantôt dessus, tantôt dessous. On ne pouvait pas détacher nos lèvres, nos langues partirent dans un combat de catch d’une douceur extrême et une exploration spéléologique de nos bouches respectives. Nos sexes frottaient sur le pubis de l’autre. Nos mains parcouraient nos corps, depuis les cheveux jusqu’aux cuisses faute de pouvoir aller plus bas, soudés que nous étions par nos bouches. Ce baiser enflammé durait et durait encore, aucun de nous ne désirait se séparer de l’autre le premier, je crus que nous le ferions durer toute l’éternité tant notre plaisir était immense. Mais un plaisir plus immense encore nous attendait lorsque les convulsions de nos orgasmes s’annoncèrent. On ne se lâcha pas la bouche mais on ressentit par nos lèvres que l’autre était sur le point de jouir. Je ne sais lequel des deux partit en premier, il déclencha la jouissance de l’autre instantanément et nos spermes jaillirent presque simultanément entre nos abdomens réjouis, se mélangeant comme on mélangeait nos salives, alors que nous respirions chacun la jouissance de l’autre.

Nos bouches se séparèrent enfin, pas nos corps. Nous nous endormîmes dans les bras l’un de l’autre. Ce n’est qu’un long moment après qu’on revint à la réalité, bien plus collés qu’avant, notre sperme en séchant ayant parfait le collage de nos corps. Il était l’heure pour lui de partir. Il ne voulu pas se doucher pour ne pas effacer mon odeur et garder sur ses poils collés le souvenir de notre amour.

Alexandre repartit vers 19h30, il devait rentrer chez lui pour dîner avec ses parents. Une fois seul mais heureux dans ma chambre, je cherchai sur les draps le souvenir du parfum d’Alexandre. Je m’allongeai sur le lit pour me remémorer cette après midi merveilleuse, son toucher, son odeur, son goût. J’en voulais encore mais il n’était pas là. Mon érection reprit. Son toucher je ne pouvais que l’imaginer, son odeur flottait partout, son goût…

Je sentis tout à coup la culpabilité, le poids de deux mille ans de morale chrétienne dont le leitmotiv est de nuire au bonheur. Cette morale qui me faisait juger malsain ce qui devait contribuer à mon bonheur, ce qui était sain par dessus tout, ce qu'il y avait de plus naturel dans le monde, une des dernières choses naturelles qui restaient à l'espèce humaine et que la religion tentait de dénaturer et de corrompre. Je me révoltai contre elle et je voulus communier avec Alexandre à ma façon, sans confession préalable, sans dieu et sans ses curaillons parasites, juste Alexandre et moi. Je m’agenouillai comme à la prière devant le pot. Avec ma main droite je détachai un morceau de l’hostie qu’Alexandre avait déposé quelques heures plus tôt. Je le pris dans la paume de ma main gauche ouverte, tournée vers mon ciel à moi. Je plaçai ma main droite ouverte sous la gauche et je récitai mon sacrement :

- le corps d’Alexandre.

Puis du bout des doigts je pris ce morceau, le déposai sur ma langue et l’avalai en disant :

- amen.

***

J'étais allongé sur une plage paradisiaque et déserte, Alexandre à coté de moi. Nous nous regardions dans les yeux, nous nous noyions plutôt chacun dans le regard de l’autre. Je sentis ce qu’il pensait et il sentit ce que je pensais. Nos esprits étaient joints par télépathie, je ne savais pas comment s'était produit ce prodige et je m'en moquais. Je n’avais pas besoin de baisser les yeux pour sentir son érection. Nos bouches se rejoignirent sans que nos yeux se soient détachés. Nos langues se recherchèrent. Nos bassins ondulaient en cadence faisant lentement monter la pression qui allait aboutir plus tard à un orgasme infini et enchanté. Mon sexe pénétrait Alexandre et bizarrement le sien me pénétrait simultanément. Là encore je ne sus pas comment ceci était advenu mais ceci était et notre extase aussi était. Mais quelque chose nous en tira, le bruit des vagues avait disparu. On se décolla légèrement l'un de l'autre et on tourna nos regards en direction de la mer, elle n’est plus là, à la place il y a une étendue de sable à perte de vue. On regarda dans la direction opposée, les palmiers qui nous faisaient de l’ombre avaient également disparu et avaient, de même, été remplacés par une autre étendue de sable. Nos sexes dégonflèrent instantanément, sortant chacun du corps de l'autre et nous sautâmes sur nos pieds, angoissés et apeurés. Le soleil se faisait plus fort et sa douce chaleur se transformait en douloureuse brûlure. De derrière une dune, apparut alors un homme habillé d’une longue robe blanche qui nous semblât être une soutane. Sur la tête il portait une calotte d’un même blanc. Un collier d’où pendait une croix inversée reposait sur son torse. La peau de son visage était d’un rouge cramoisi. Nos sexes se recroquevillaient puis se desséchèrent et tombèrent sur le sable. D’autres hommes habillés de même surgissaient de tout part. Certains venaient de derrière une dune, d’autres sortaient directement du sable, d’autres apparaissaient simplement là où il n’y avait rien l'instant d'avant. Tous avaient la peau rouge cramoisie. De ci de là des flammes s’élevèrent du sol. Un tel sur notre droite arborait un feu à l’emplacement de la calotte.

Une voix énorme surgit :

- Vous avez péché.

Ils étaient désormais presque une centaine autour de nous et ils déboutonnèrent leurs soutanes puis les firent tomber au sol. Ils apparurent nus avec des membres cramoisis impressionnants, au moins 50cm de long et 15 de diamètre, tous dans une érection totale, tous aussi rouges que leurs visages et leurs corps. Nos sexes avaient disparu, transformés en sable sur du sable, et à leur place se formaient des orifices pareils à des anus, mais ils ne pourraient jamais accepter de tels membres. Ils s’approchèrent et se saisirent de nous. On se débattait mais que pouvions-nous faire face à autant de démons ? J’essayai de leur expliquer qu’Alexandre n’y est pour rien que c’est moi et moi seul qui avait blasphémé. La voix se fit entendre à nouveau :

- quelle importance vôtre blasphème ? Vous croyez vraiment que cela importe à Dieu ?

Un sexe énorme violait Alexandre qui poussa un hurlement de douleur, un autre crache sur lui des flammes au lieu de sperme.

- Vous avez péché car vous êtes deux hommes et deux hommes ne s’aiment pas.

Un membre s’approcha de mon anus, je sentis la pression, puis je sentis mes sphincters lâcher et se déchirer dans une douleur inimaginable, alors que le membre pénétrait en moi. On poussa sur ma tête pour que je me courbe et une bite vint éjaculer ses flammes sur mon visage.

Ce fut dans un hurlement que, trempé de sueur, je me réveillai dans mon lit. Même pendant mon sommeil la religion frelatée de la secte romaine voulait me culpabiliser. Je décidai de ne pas me laisser faire et de continuer de plus belle.

***

Alexandre partait le lendemain avec ses parents passer le week-end à Deauville. J'allais donc rester seul pendant deux jours. On se promit de se retrouver dès le lundi matin. Entre-temps j’allai demander à Monsieur Claude s’il n’avait pas des clients pour moi.

Mon choix était restreint mais j’avais le choix. Il y avait d’abord cet américain dont personne ne voulait. Quand je vis sa photo je compris pourquoi. J’eus du mal à évaluer son poids mais il ne devait pas être très loin de celui d’un hippopotame.

- Il paie bien, me dit Monsieur Claude.

- Qu’il paie un autre, me dis-je.

Le suivant était un russe. Monsieur Claude me dit qu’il était le sosie de Poutine, peut être Poutine lui-même. Après mon cauchemar de la nuit je n’avais aucune envie de me jeter dans ce genre de bras effrayant. Le troisième et dernier choix était un chinois sadique qui voulait un esclave à torturer patiemment et longuement. Lui aussi payait bien. Monsieur Claude m'avertit que le dernier garçon qu'il lui avait envoyé avait mis trois semaines à se remettre de la séance. Je n’avais pas envie d’être estropié et de plus je devais être sur pied dans deux jours pour le retour d'Alexandre. J’éliminai ainsi les trois possibilités qui s’offraient à moi. Je repris ma réflexion au début et soupesai à nouveau toutes les possibilités. J'avais besoin d'argent mais pas question du gros, pas plus pour Poutine et définitivement non pour le sadique. Que faire ?

Alors que j'étais dans ces pensées un autre jeune homme très mignon vint voir Monsieur Claude. Il sera plus rapide à se décider et à peine cinq minutes plus tard il repartait. Monsieur Claude vint m’annoncer qu’il avait trouvé celui qui allait s’occuper de Poutine, mon choix se restreignait à une baleine ou un boucher. De peur de n’avoir plus le choix si un autre des protégés de Monsieur Claude venait à passer je décidai rapidement.

Quand j’arrivai dans cette chambre d’un hôtel de luxe parisien je me rendis compte que la photo était très avantageuse pour mon client, probablement retouchée. Ce que je vis était pire que le pire de que ce à quoi je m’attendais. Il avait des difficultés à marcher tant il était gros. Nu sous son peignoir, il m’expliqua dans un français approximatif qu’il devait les apporter avec lui, les hôtels n’ayant jamais rien à sa taille. Quand il défit sa ceinture et qu’il s'en débarrassa je me demandai s’il s’agissait vraiment d’un homme, si ce n’est pas une femme : sa peau n'avait aucun poil et une masse graisseuse cachait intégralement son sexe. Deux autres masses formaient d'atroces seins qui pendaient presque jusqu'au nombril. Ses cuisses étaient plus aussi épaisses que mon abdomen avec des amas de gras qui forment une succession de plis monstrueux. Il semblait malgré tout fier de son corps puisqu’il prenait les masses graisseuses de sa ceinture pour les faire danser en les soulevant ce qui eut l’avantage de répondre à mon doute quand à son sexe, c’était bien un homme.

De dessous de son gras apparaissait un minuscule sexe flasque.

Ma mission était relativement facile, je devais enculer ce tas de gras et le faire jouir mais pourrais-je trouver son anus ?

***

En ce dimanche midi, c’était le monde à l’envers. J'étais installé, seul, à une grande table recouverte d’une nappe en soie blanche et brodée de motifs chinois, les petits plats dans les grands. De chaque coté les couverts en argent, pour le poisson, pour la viande, pour je ne sais quoi d’autre, sans oublier ceux du dessert. Deux verres à pied en cristal étaient accompagnés d’une flûte. Une petite assiette à ma gauche supportait un pain rond et délicieusement odorant. Au centre de la table une immense corbeille débordait de fruits à coté d'un chandelier à douze branches.

Pour me servir, un homme dans la cinquantaine, habillé en majordome à la différence qu’il avait l’arrière entièrement dénudé. C’était un grand patron de l’industrie qui devait avoir des milliers d’hommes sous ses ordres et qui allait être mon larbin l’espace de quelques heures, peut être pour se faire pardonner d'être aussi dur avec ses employés. Sur cette table se trouvait un ustensile inhabituel. C’est une tapette en cuir épais et rigide ornée de pointes acérées, comme mes doigts purent le constater. L’homme approcha une bouteille du meilleur vin et me servit, mais dans sa maladresse il en reversa à coté. Je ne crus pas à sa maladresse, tout ça était un jeu bien huilé et il n'était pas très bon acteur. J’ordonnai qu’il se retourne pour me présenter son postérieur, je me saisis de la tapette et le punis d’un coup sur chaque fesse. Je ne tapai que du coté opposé aux pointes mais je le prévins que ma patience avait des limites.

Il apporta l’entrée, une cassolette de Saint Jacques gratinée avec chapelure et champignons qu’il déposa devant moi. Je me saisis de la tapette et lui demandai de se tourner. Il protesta :

- mais, je n’ai rien fait, maître !

- C’est en prévision de tes prochaines bêtises. Penche-toi !

Ceci me vaudra certainement un bon pourboire. Je sentis alors la vibration de mon téléphone dans ma poche. J’avais envie de répondre mais je ne pouvais me le permettre. Heureusement que j’avais coupé la sonnerie. Il vibra quelques instants puis se calma. Mais il recommença presque immédiatement. Je restai impassible espérant que le monsieur ne se serait aperçu de rien, j’aurais du le couper avant d’arriver. Au bout d’un moment de calme une dernière vibration caractéristique de l’arrivée d’un message. Je profitai d’un moment où l’homme était reparti dans la cuisine pour regarder qui m’avait appelé, c’était Alexandre. Rien que le fait de voir son nom s’afficher m’emplit de joie. J’hésitai entre écouter son message tout de suite ou attendre la fin de ma mission, il serait plus prudent d’attendre mais j’aimerais tant entendre sa voix. Alors que l’homme revenait je coupai le portable et le fourrai dans ma poche.

La suite du repas sera tout aussi délicieuse que l’entrée, magret de canard avec une sauce aux morilles et foie gras, carpaccio d’ananas et sorbet de citron vert, le tout livré spécialement par Fauchon. Lui ne mangeait pas, il mangera quand je lui en aurai donné l’autorisation. Au moment de me servir le champagne il fit déborder intentionnellement la mousse, il eut donc droit à une nouvelle correction, un coup sur chaque fesse, coté des pointes cette fois. Il poussa des petits cris et je vis des points rouges de sang qui se formaient sur son postérieur blanc.

Nous passâmes à la cuisine pour qu’il puisse manger. Il avait le même menu que moi réservé au chaud. Je pris l’assiette contenant l’entrée et je la posai par terre. Je lui dis de manger à quatre pattes sans se servir des mains. Il plongea la tête pour laper l’assiette mais je l’interrompis. Une idée bien perverse venait de me traverser l’esprit. J’ouvris ma braguette et je sortis mon sexe flaccide, je me préparais à pisser dans son assiette.

- Non, non, maître, pas ça, non ! Implora-t-il.

- Tais-toi !

Je remplis son assiette d’urine en l’éclaboussant au passage, quel dommage que ce n'eusse été une assiette creuse. Il n’eut pas l’air content, plutôt dégoûté. Je venais peut être de perdre mon pourboire mais ça m’amusa énormément.

- Mange et bois tout !

Il était toujours à quatre pattes et je lui bottai le cul avec la tapette coté pointes quand il hésitait ou trainait. Il vida l’assiette de son solide et de son liquide.

Je pris le soin de lui servir le reste du repas dans des assiettes creuses que je remplis à ras de mon urine à chaque fois et je lui meurtris les fesses quand il tardait à avaler. Pour le dessert je lui dis de se masturber sur la glace en guise de nappage et je fis de même car je voulais que ça se termine vite, j'étais impatient d’écouter Alexandre.

***

Mon initiative fut appréciée par mon client et je repartis de chez lui avec un généreux pourboire, bien plus qu’attendu. Il avait tout spécialement apprécié le bouillon dont j'avais arrosé copieusement ses plats et qu'il n'avait encore jamais gouté. Je n’attendis pas d’être dans la rue pour rallumer mon portable et écouter le message d’Alexandre. Il était en pleurs et ne m’expliquait pas grand-chose sinon qu’il arrivait dés ce soir à Paris et me demandait si je pouvais l’héberger. Quelle question ? Bien sur que je le pouvais. Comment pouvait-il imaginer qu'il n'en soit pas ainsi. Je m’empressai de le rappeler pour le lui dire mais je tombai directement sur son répondeur, certainement qu’il ne pouvait capter le signal là où il se trouvait. J'étais angoissé, j’aurais aimé avoir une explication, savoir ce qui s’était passé, pourquoi il était dans un tel état. J’écoutai une seconde fois son message pour bien comprendre chaque mot mais aucun indice ne me mit sur la voie et ce ne fit qu'augmenter mon angoisse. Sa diction était entrecoupée de sanglots. Je m’en veux de ne pas lui avoir répondu et d’avoir coupé mon téléphone. Je m’en veux de cet argent gagné alors qu’il semble avoir tellement besoin de me parler. Je m’en voulus d’avoir négligé la personne que j’aimais par dessus tout pour quelques billets. Il me prit une rage contre cet argent si salement gagné que je voulus déchirer les billets, mais je n'en fis rien car il allait m'être bien plus utile si je les préservais, d'autant plus qu'une partie devait revenir à Monsieur Claude.

J'étais désespéré en rentrant chez moi. Je ne comptais pas ressortir jusqu’au soir et attendre patiemment de ses nouvelles. Puis je dramatisais. Ensuite je me disais que j’exagérais certainement, que ça ne devait pas être si grave que ça. Puis l’instant d’après je regrettais d’avoir pensé que ce n’était probablement pas grave et je craignais que ce soit au-delà de ce que je pouvais imaginer. Il me vint des sueurs froides. Tantôt j'étais optimiste, tantôt je m’en voulais de l’avoir été, tantôt je versais dans le pessimisme extrême. J'essayai à plusieurs reprises de le rappeler et je tombais inexorablement sur son répondeur. C'est le fait que c'était le seul moyen de communication avec Alexandre qui me retint de lancer mon téléphone avec rage contre le mur. Ne pas savoir me fit imaginer le pire. Le temps passait avec une lenteur insupportable. Quand allait-il appeler ? L’angoisse me saisit au ventre et je me mis à pleurer sur le drame qui arrivait et dont j’avais désormais la certitude.

Il était dix-huit heures lorsqu’on tapa à ma porte, c’était Alexandre. Son visage était beaucoup plus serein que ce à quoi je m’attendais, plus serein certainement que le mien, ce qui me rassura. Il m’expliqua longuement ce qui s’était passé. Lors du repas de midi, dans une bouffée d’euphorie il avait dit à ses parents qu’il était amoureux et que c’était d’un garçon. Drame à table. Le père qui criait, la mère qui pleurait, tout en essayant de ne pas alerter leurs voisins de restaurant. Alexandre qui fit le dos rond un moment puis qui s’échappa et décida de ne pas revenir. Les appels qu’il m’avait passés, le train, la batterie du portable qui s'était déchargée. Bref, une fugue comme celle que j’avais fait quelques semaines plus tôt et que le lui avait narré.

Ils étaient attablés au restaurant de l’hôtel Royal Barrière, un des meilleurs restaurants de Deauville (c’est que les parents d’Alexandre avaient les moyens). Entre le plat et le dessert, alors que les bulles de champagne lui montaient à la tête, Alexandre se déclara amoureux. Ses parents furent enchantés de la nouvelle et s’empressèrent de poser des questions :

- Comment ELLE est ?

- Quel est son prénom ?

- Quand vas-tu nous LA présenter ?

Tout un raz de marée de questions fusaient auxquelles Alexandre hésitait à répondre faisant monter le suspense et les enchères. Puis il lâcha fièrement :

- IL s’appelle J.

Le silence retomba instantanément comme une chape de plomb dérangé uniquement par les murmures obscènes des conversations des tables environnantes. Les parents se regardèrent, ils avaient l’air de n’avoir pas bien compris, puis au bout d’un instant qui parut un siècle son père dit :

- pardon ?

Alors Alexandre répéta mot pour mot ce qu’il avait dit en insistant sur le IL et sur le prénom masculin. Sa mère qui comprit enfin, interloquée, se mit la main ouverte devant la bouche dans un mouvement théâtral de recul ; son père l’observa avec un regard qui aurait presque tué ; sa mère hoqueta et lâcha quelques sanglots ; son père éleva la voix, jeta un regard circulaire autour de lui comme s’il s’apercevait qu’il était dans un lieux public, puis il continua ses remontrances à voix basse ; sa mère qui continuait à sangloter ; son père qui lui dit qu’il n’était plus son fils ; sa mère qui pleurait désormais attirant l'attention du voisinage ; son père qui lui cria :

- tu vois ce que t’as fait ?

Alexandre qui se leva dignement, il ne pouvait être que digne avec un tel prénom impérial, et qui s’éloigna de la table pour ne plus y retourner.

***

Il me demanda s’il pouvait habiter avec moi et me dit son souhait de ne plus revoir ses parents. Il n’avait que ce qu’il portait sur lui, même pas un slip de rechange ou une brosse à dents mais j'étais heureux et bouleversé de l’accueillir, je le pris dans mes bras pour le consoler, l’embrasser et lui signifier le bonheur que me donnait la perspective de vivre avec lui. Mon sexe en était le témoin, lui qui se dressa douloureusement dans mon pantalon. Son sexe témoigna la même chose dans le sien. Mais nous n'avions pas de temps pour la bagatelle. Il était déjà résolu à passer chez lui prendre quelques affaires alors nous ne perdîmes pas de temps, souhaitant être reparti avant l'arrivée de ses parents.

Il était déjà tard quand on entra chez lui. Il prit un sac et y entassa sans trier des affaires de toutes sortes.

- N’oublie pas le chargeur de ton téléphone.

Il le prit et le fourra dans le sac. On entendit une voiture se garer, il regarda par la fenêtre, c’était ses parents. On quitta précipitamment son appartement,

- ce qui aura été mon appartement, précisa-t-il.

Et on gravit un étage pour ne pas croiser ses parents dans l’escalier. On les entendit monter dans un silence de deuil entrecoupé des sanglots de la mère d’Alexandre. Son père ne disait rien, il ouvrit la porte, laissa entrer sa femme, puis la referma. L’escalier était à nouveau silencieux, on put filer. En descendant en silence les marches on entendit le cri de douleur de la mère s'apercevant qu'Alexandre avait ramassé ses affaires.

De retour à la chambre je lui proposai de poser son sac et d’aller manger quelque part. Alexandre me dit qu’il était fatigué par sa journée et qu’il préfèrerait ne pas ressortir. Il suggéra de commander une pizza par téléphone. Il prit une quatre saisons et moi une parme. J’évitais celle aux fruits de mer dont l’ail qui la composait pourrait gâcher les baisers que je comptais lui donner.

Alexandre rangea ses affaires de toilette sur la tablette au dessus de l’évier. Il mit sa brosse à dents dans le même verre que la mienne. Dans l’armoire quasiment vide tant j’avais peu de vêtements, il posa ses t-shirts sur les miens, ses caleçons en tas sur les miens aussi, les chaussettes mélangées avec les miennes. Je l’observe pendant qu’il s’affairait ainsi et je m'attendrissait puis m’approchai. Je me collai contre son dos et lui caressai la poitrine, puis je passai mes mains sous son t-shirt pour toucher directement sa peau. Il avait fini ses rangements, il n’avait pas beaucoup à ranger, et il se laissa faire appréciant ma chaleur tout comme j’appréciais la sienne. Je titillai son nombril puis je passai quelques doigts entre son ventre et sa ceinture pour caresser ses poils pubiens. Ses mains vinrent vers l’arrière pour me cajoler les hanches. Je déposai des tendres bisous sur son cou puis d’un mouvement vif je le fis se retourner pour l’embrasser goulument à pleine bouche. Mes mains couraient sur son dos comme les siennes sur le mien. Nous échangions un baiser passionné et enflammé en nous serrant mutuellement.

Je sentais son sexe battre dans sa braguette tout contre le mien. Ils n'étaient séparés que par quatre couches de tissu qu'il conviendra de retirer rapidement. Je me laissai tomber à genoux, ouvris sa braguette et en extirpai un membre magnifique que j’humai longuement avant de le lécher sur toute sa longueur puis de le prendre en bouche. J’entendis Alexandre haleter puis gémir. Mes mains se saisissent de ses fesses pour imprimer un mouvement à son bas ventre. Il me pilonnait la bouche de son dard succulent. Ses gémissements se firent plus forts et saccadés, il allait m’abreuver de son nectar dans peu de temps. Mais il se retira subitement me laissant sur ma faim ou plutôt sur ma soif.

Il me releva et se laissa tomber à genoux devant moi pour m’offrir les caresses qu’il venait de recevoir. Sa bouche était chaude et humide sur ma bite qui pulsait dans sa bouche, contre sa langue, jusqu'à sa glotte. Ses mouvements étaient précis et sublimes mais je ne le laissai pas aller au bout. Je le fis se relever à son tour et lui retirai le reste de vêtements puis l’attirai dans le lit en le prenant dans mes bras. Nos peaux se touchaient, nos lèvres se soudaient, nos sexes s’enflammaient. Il était sur moi et je buvais sa salive, puis on tourna et il se retrouva en dessous à boire la mienne. Nous ne voulions pas nous séparer, nos langues s’enroulaient et la sensation était d’une douceur infinie.

Je le fis pivoter pour qu’on se retrouve tête-bêche. On se jeta goulûment chacun sur le sexe turgescent de l’autre dans un 69 d’une rare intensité car nos membres étaient sur le point d’exploser. Je sentis Alexandre se raidir, premier indice de son orgasme proche et ça déclencha instantanément la pression qui allait me mener à l’éjaculation. Nos gémissements étaient de plus en plus forts et risquent d’alerter tout le voisinage. Le point de non retour était proche, dans quelques instants notre orgasme synchronisé qui allait nous propulser en orbite ne pourrait plus être arrêté.

C’est alors qu’on frappa à la porte.

« Toc ! Toc ! Toc ! » Les premiers coups nous a figèrent et un silence total retomba dans la chambre. Après un instant d'hésitation, je retirai la bite d’Alexandre de ma bouche pour m’écrier :

- qui c’est ?

Une voix d’homme jeune de l’autre coté de la porte répondit :

- Livraison de pizza !

On l’avait totalement oublié et il ne pouvait pas tomber plus mal, notre sève était en train de monter et allait jaillir sous peu dans nos bouches gourmandes et assoiffées. Alexandre, toujours interloqué, gardait encore mon pieu dans sa bouche. Moi-même je ne savais que faire. La descente fut brutale mais on ne pouvait pas continuer comme si personne n’attendait derrière la porte.

Je me levai précipitamment et j’enfilai un boxer. J’avais du mal à y faire tenir mon membre qui formait une protubérance impossible à cacher. Alexandre tira les draps et se couvrit jusqu’à la poitrine. Je jetai un coup d’œil pour vérifier s’il était présentable et je rigolai de la tente que faisait son mat sous le drap. Le mien qui poussait contre l’élastique à ma taille voulait se frayer un chemin jusqu’à l’air libre.

J’ouvris la porte. Un jeune homme dans la vingtaine, casque sur la tête, deux cartons de pizza sur le bras. Le peu que l’on pouvait voir annonçait une belle pièce, bien proportionné, avec des yeux d'un noir profond et pénétrant. Je le débarrassai des cartons pour les poser sur l’évier. Il était resté sur le seuil et observait intensément la scène du crime. Ses yeux ne cessaient d'aller d'Alexandre à moi en passant par mon boxer. Je fouillai dans nos affaires en tas à la recherche de mon pantalon qui devait contenir mon portefeuille. C’est alors qu’Alexandre repoussa le drap et se leva dans toute sa splendeur, exhibant une magnifique érection, provocant le livreur qui n’en perdait pas une miette. J’avais enfin trouvé le portefeuille. J'étais face au livreur, fouillant mon portefeuille à la recherche de la monnaie. Alexandre se colla à mon dos et ses mains me caressèrent brièvement l’abdomen, plongèrent sous la ceinture de mon boxer et se saisirent de mon vit tendu. J'étais debout, presque nu devant un livreur totalement harnaché et casqué à moins d’un mètre de moi, dont les yeux ne savaient plus où regarder tant il y a de choses à voir, avec un autre homme collé à mon dos qui me masturbait délicieusement extrayant mon membre de mon boxer et le montrant au livreur qui n'en demandait pas tant.

Je tendis deux billets au livreur en lui disant :

- gardez tout.

Il eut du mal à articuler un merci et ne fit pas mine de vouloir repartir. Il n'esquissa pas le moindre mouvement hormis celui de saisir les billets. Son regard est hypnotisé par les mains d’Alexandre qui couraient, de haut en bas, sur ma bite et entreprenaient de baisser mon boxer. Nous offrions le plus sublime des spectacles. Je sentis le membre humide d'Alexandre se frotter à ma raie puis pousser sur ma rondelle. Il donna plusieurs coups de reins ainsi sans lâcher ni ma queue ni le livreur des yeux. Mon plaisir était immense et allait bientôt se traduire par un geyser de sperme qui allait maculer les vêtements du livreur. Alexandre se saisit de mes hanches et poussa un peu plus fort sur ma rosette, passant de la scène masturbation à la scène pénétration devant le livreur qui n’en croyait pas ses yeux. Alexandre se cracha dans une main et m’enduisit le cul de salive. C’est au moment qu'il m’arrachait un cri en perforant mes sphincters qu’Alexandre, en tendant la main droite, prit le battant de la porte et la referma sur le livreur pétrifié.

Le spectacle était fini. Je réalisai qu’Alexandre n’a même pas mis un préservatif.

Il faudra que je remette les pendules à l’heure concernant l’utilisation du préservatif. Ceci me traversa l’esprit rapidement et je me dis que ce n’est pas le moment, alors que ça aurait très bien pu être le moment. Je savais qu’Alexandre était puceau avant de me rencontrer, il savait que je l’étais aussi avant d’arriver à Paris mais il ne savait rien de ce que j’avais fait depuis ni si j’avais toujours pris mes précautions. Je me promis d’avoir une discutions sérieuse avec lui le plus tôt possible.

En attendant, Alexandre pesa de tout son poids sur mon dos. Ses mains avaient repris mon sexe qui n'en pouvait plus et je m'affalai sur la porte dans un fracas assourdissant alors qu’il me pilonnait le cul avec une énergie redoublée. Mon cri de douleur initial s’était transformé en un hurlement de plaisir. Si le livreur était resté derrière la porte il ne pouvait ignorer le plaisir que l’on prenait, je lui souhaitai d’avoir de l’imagination. J'eus la confirmation qu'il était bien derrière la porte au moment où je l’entendis taper timidement. Aussitôt, dans un ultime grognement de plaisir qui aurait couvert le bruit d’un avion au décollage, mon sperme jaillit pour éclabousser le bois. Alexandre poussa presque simultanément un râle et se vida dans mes intestins dans une multitude de secousses qui n’en finissaient pas. C'était la première fois que j'étais fécondé et j'imaginais déjà l'enfant que j'aurai pu donner. Nos jambes ne nous tinrent pas plus longtemps et nous nous affalâmes au sol à coté de la porte, épuisés par tant de bonheur.

Alors qu’on tentait de reprendre nos esprits on aperçut un bout le papier, sur lequel était inscrit un prénom et un numéro de téléphone, se faufiler sous la porte. Notre curiosité nous poussa à l’ouvrir pour voir où en était le livreur de l’autre coté, il avait disparu mais une traînée de sperme coulait sur le coté extérieur de la porte et témoignait de l’état où nous avions mis le livreur.

On referma la porte et on alla jeter un sort aux pizzas, nous l’avions bien mérité et nous étions affamés. Nous ne prîmes même pas la peine de nous nettoyer, un filament de sperme coulait de ma bite alors que celle d’Alexandre était maculée de mes excréments couleur chocolat. On prit les cartons de pizza et on s’allongea sur le lit, nous allions manger à la romaine, allongés. Je pris une part de ma pizza et je la tendis à Alexandre en lui demandant :

- donne-moi la avec ta bouche.

Il mordit dedans, approcha sa tête, colla ses lèvres aux miennes et me fit passer le morceau.

- Recommence mais mâche un peu avant de me donner le morceau.

Il le fit, il ouvrit la bouche pour me montrer l’amas de pâte et de sauce bien imbibé de sa salive qu’il me donna et que je vins chercher impatiemment. Ma réaction ne se fit pas attendre et ma bite se mit instantanément au garde-à-vous.

- Je vois que t’aimes ça mon salaud, me dit-il.

Il me demanda alors de lui faire la même chose. En peu de temps nous bandions à nouveau tous les deux.

Avec un autre morceau de pizza il essuya la goutte qui perlait à mon gland. Il se leva et va récupérer la traînée qui bavait sur la porte pour en enrichir un coin du morceau qu’il savoura avec un plaisir décuplé en me fixant perversement de ses yeux pour bien me montrer combien il aimait ça. Je le pris dans mes bras et on s’échangea un baiser fougueux, et alors une idée folle me passa par la tête, un peu comme si je voulais lui montrer que je étais aussi pervers que lui, et même plus. Un peu aussi pour voir jusqu'où il irait pour moi. Je décalottai son gland pour récupérer avec mon doigt la merde qui s’y était accumulée et je la déposai sur un morceau de pizza que je lui tendis. Ses yeux me montrèrent son étonnement, son incompréhension. Il pensait que je plaisantais mais je ne plaisantais pas. Sans se dire un mot on s'observait intensément. Nos regards se disaient des choses que les paroles ne peuvent exprimer et parfois bien plus qu'un long discours. Nous aurions pu paraître parfaitement immobiles, comme des chiens de faïence, pour un observateur extérieur mais ce n’était qu’apparence, nos yeux contenaient toute la richesse du monde, les dialogues les plus essentiels, et mon cœur, je supposais que le sien aussi, battait d’un rythme effréné.

Tout à l'heure il voulait me montrer qu'il n’était pas dégouté par ce que mon corps lui offrait en avalant mon sperme et maintenant il me montrait exactement l'inverse. Il saisit le morceau que je tenais dans la main mais je ne voulus pas le lâcher. Je compris, à ce moment là, en voyant le regard de chien perdu que me lançait Alexandre, la folie que je faisais. Ce n’était pas une preuve d'amour que je lui demandais. Je m'apercevais que j'étais en train de l'abaisser, de le salir, de le dégrader. Alors que nos yeux restaient attachés mon cerveau était en effervescence pour tenter de trouver une porte de sortie. Il insista et rapprocha sa bouche sans décoller son regard du mien. Puis il examina le morceau de pizza comme pour confirmer ce qu'il y avait d'étalé dessus. Il était hypnotisé par cet amas marron qui n'était pas du chocolat. Je vis dans son regard toute la tristesse du monde quand il comprit que, définitivement, il ne pourrait pas honorer le cadeau atroce que j'avais voulu lui offrir. Un coin de mon cerveau remarqua son sexe débander. Le mien faisait de même.

- jette ça Alexandre, je déconnais.

C’est mort de honte que je lui lançai cela. Ceci le détendit enfin, un sourire renaissait sur ses lèvres et alors. Mon cœur fut allégé d’un poids énorme, le sien de même. La pression de ce choix cornélien qu'il avait à faire, accepter ou refuser mon présent, avait disparu par la magie de ces simples mots. Il me regarda, plein de reconnaissance, à nouveau les yeux dans les yeux puis il ouvrit la bouche et, folie des folies, il porta vivement le morceau à sa bouche, mordit, mâcha et avala ce que je lui avais demandé de ne pas manger. Ses yeux s’emplirent de larmes, que je crus de tristesse, mais sa bite contredisait mon jugement, elle avait repris une vigueur que je ne lui avais encore vue, plus dure et plus grande que jamais. A la place du dégout c’est d’amour que son cœur et son corps s'étaient remplis jusqu’à déborder par les larmes qui perlaient à ses yeux. Il se jeta sur mes lèvres et nous partîmes pour un nouveau baiser enflammé, plus enflammé encore. Nous repoussâmes les pizzas, les nourritures terrestres ne nous intéressaient plus pour l’instant, nous avions faim de nourritures célestes, celles que nos corps allaient se donner l’un à l’autre.

Nous avons fait deux fois l’amour puis avalé les deux pizzas. Les cartons traînaient sur le sol, j'étais allongé sur le dos et Alexandre reposait sur ma poitrine, promenant ses doigts sur mon corps qui frémissait de plaisir. Nos paupières se firent lourdes. Avant de sombrer dans le sommeil il rebrancha son portable. Il y avait quatorze messages dans sa boite vocale mais ça attendrait demain.

***

Je laissai Alexandre dormir, m’habillai d’un caleçon ample et d’un t-shirt court et je descendis à la boulangerie acheter des croissants et des pains au chocolat. J’aurais du mettre un slip car je sentais mon sexe durcir et des regards s’attarder sur la bosse qu’il déformait mon caleçon. Un couple de garçons faisant la queue dans la boulangerie n’arrivait pas à détacher leurs yeux de la protubérance. Au lieu de me refroidir, ceci m’excitait davantage et je sentais ma bite palpiter. Regardant à l'opposé mais sachant leur yeux rivés sur moi, par provocation, je portai ma main à mon membre pour le palper quelques instants. J'entendis aussitôt leurs murmures. En ressortant de la boulangerie ils étaient sur le trottoir à m'attendre. Je leur fis un sourire et me touchai à nouveau le sexe, faisant même remonter la jambe du caleçon pour faire dépasser mon gland par dessous. Je m'engouffrai dans mon immeuble dont la porte vitré de referma, faisant une barrière entre les garçons et moi. Ils étaient là toujours à me dévorer des yeux. En attendant l'ascenseur je ne résistai pas à l'envie d'ôter complètement mon sous-vêtement. Je leur lançai un baiser alors que la porte de l'ascenseur se refermait, je pouvais presque voir la bave au coin de leurs lèvres.

Alexandre s’extrayait de son sommeil alors que le café était en train de passer, réveillé par son odeur. Son sourire me fit chavirer. Nous allions nous aimer une fois de plus en laissant le café refroidir.

Quand Alexandre ralluma son portable, c’est vingt-deux messages qui attendaient. Quinze de sa mère, deux de sa grand-mère, un de son père, un de son grand-père, trois d’amis. Tous le suppliaient de rappeler et de rentrer, sa mère et son père s’excusaient d’avoir si mal réagi. Alexandre ne voulait rappeler personne, il parlait même de changer de portable pour ne plus jamais entendre parler d’eux, pour suivre mon exemple, mais je le raisonnai et il consentit à appeler sa mère.

***

- Et… vous faites quoi dans la vie ?

Après les salutations de convenance, son père m'avait tout juste demandé quel apéritif je souhaitais prendre avant que cette question ne fuse. Quand j’avais persuadé Alexandre d’accepter l’invitation de ses parents je ne m’étais pas attendu à cette question alors qu’elle était logiquement une des premières que ses parents me posèrent. Alexandre n’avait pas été aussi curieux, il ne m’avait jamais encore demandé ce que je faisais et je ne lui avais pas révélé. Mensonge par omission diront certains, peut être mais c’est bien commode parfois. Son père n’avait pas été aussi réservé, il venait de me poser directement la question et je n’avais aucune réponse prête. Mon embarras, qui devait être visible, risquait d’éveiller leurs soupçons. Je tentai de m’en sortir avec une réponse bateau :

- Des petits boulots ici et là.

Ça aurait du couper court à leur curiosité et on aurait du passer à autre chose.

- Quel genre de petits travaux ?

S’il avait voulu que je le déteste dès notre première rencontre il n'aurait pas agi autrement. Je rigolais jadis des blagues sur les belles-mères mais là, le beau-père, il commençait à me chauffer.

- Heu… je file des coups de mains à des gens qui en ont besoin.

J’en bafouillai presque en espérant que ça suffirai comme explication, mais sans me faire beaucoup d'illusions.

- Quel genre de coups de mains ?

Hé ho ! N'y avait-il donc personne pour lui dire d’arrêter ?

- Ça dépend de ce qu’ils ont besoin.

Je ne savais même plus parler français, sans parler de mon latin que je perdis alors que je ne l’ai jamais su.

- Hé bien, dites-nous par exemple ce que vous avez fait lors de votre dernier petit boulot.

J’ai été servi par un homme richissime à qui j’ai administré une fessée jusqu’au sang et donné manger par terre dans des assiettes remplies de ma pisse. Mais je doutai que le père d’Alexandre apprécie ma franchise sans parler d’Alexandre lui-même qui ne voudrait plus me revoir. Alors je gardai ça de coté.

- Tondre la pelouse, tailler des haies (j’avais failli dire des pipes), ramasser les feuilles mortes.

J’eusse aimé avoir une glace pour vérifier de combien de centimètres mon nez s’était allongé, mais le beau-père semblait satisfait. Il proposa même de m’embaucher prochainement pour s’occuper du jardin de la petite propriété qu’ils avaient à Saint-Germain. S’il avait su combien je détestais ça. Peut être qu’il aurait apprécié une bonne fessée par la tapette cloutée ?

La mère d’Alexandre était charmante mais elle me scrutait avec un peu trop d’intensité. Elle devait se dire qu’Alexandre faisait une bien grosse bêtise mais qu’elle allait y remédier et le faire revenir dans le « droit chemin ». Elle ne parla pas beaucoup, c’était surtout son mari qui faisait la conversation et de grands efforts pour être aimable. Quand à moi, je me contentai de répondre aux questions qu’il me posait. L’atmosphère était pesante et j’avais hâte que ça se termine pour rentrer dans notre doux nid. Mais le repas s'éternisait. Il n'y manquait rien, entrée, poisson, plat, dessert, le tout servi silencieusement par une bonne pas très agréable, fâchée de devoir travailler si tard ce jour là.

Le dessert expédié, monsieur et madame nous proposèrent de nous loger.

- Vous serez beaucoup plus confortables ici, et Francine (c’est la bonne) s’occupera très bien de vous. Elle cuisine divinement.

On avait déjà constaté la divine cuisine de Francine, Madame disait vrai, mais certainement qu'elle imaginait lui changer la mission pour qu'elle s'occupe aussi de nos mœurs, histoire de nous sauver du péché. Ils insistaient, les bougres, mais Alexandre et moi on ne se laissa pas faire, je tenais trop à ma liberté et Alexandre qui venait d’y goûter avait été conquis.

Une fois dehors, sur le chemin du retour, Alexandre, plus perspicace que son père, me dit :

- c’est quoi c’est conneries de jardinage ?

J'étais interloqué.

- T’as du mettre de sacré gants de protection pour pas avoir la moindre égratignure.

Il ne faut jamais mentir, ça finit toujours par se retourner contre vous, et dans mon cas, ça n’avait pas attendu longtemps.

- Tu fais quoi dans la vie ? Vraiment ! Me raconte pas de crac.

Voila que j'étais coincé. Je savais que j'étais un piètre menteur et l’expérience précédente me le confirmait. Et puis je n’avais guerre le temps de chercher un mensonge plus crédible. D'autant que je n’avais pas envie de mentir à Alexandre, si notre relation devait continuer sur des mensonges quelques jours à peine après son début alors tout était foutu. Mais, pouvais-je lui dire la vérité toute crue sans qu’il me détestât et m'abandonnât presque immédiatement ?

Je restai silencieux quelques instants, complètement abattu. Ma naïveté m’avait fait penser que ce sujet ne viendrait jamais sur le tapis. Bien pire, je n’ai jamais pensé qu’on aurait besoin de l’aborder. Bien pire encore, je n’ai jamais pensé à penser que ce sujet aurait besoin d’être abordé un jour. J'étais heureux avec Alexandre et ça me suffisant. Ce n’était pas de la naïveté c’était de la connerie. Je me sentis écrasé comme si le monde devait finir tantôt. Le bonheur que j’avais connu grâce à Alexandre allait aussitôt être englouti et je souhaitai être englouti avec dans les entrailles de la Terre. En plus, je savais le mal que je allais faire à Alexandre et ceci m’était intolérable. Comment autant d'idées, toutes plus stupides les unes que les autres, peuvent-elles nous assaillir en un laps de temps aussi court dans les moments de doute ?

Des larmes me vinrent aux yeux. Alexandre me fit asseoir sur un banc et je m’effondrai en pleurs, moi qui me croyais si fort et malin je n'étais qu’un enfant qui ne connaissait rien de la vie et qui ne désirai plus la vivre si c’était à ce prix. Je voulais dire quelque chose mais ce n’était que des sanglots qui s’échappaient de ma bouche et j’enfouis ma tête dans la poitrine d’Alexandre à la recherche d’un peu de chaleur et de réconfort avant de lui porter, traîtreusement, le coup fatal de la révélation. Je me haïssais.

Alexandre eut aussitôt des remords de m'avoir posé cette question indiscrète bien que justifiée. Quand il me vit en pleurs contre sa poitrine, une immense peine s'abattit sur lui et il se mit à pleurer. Il se détestait de m’avoir ainsi torturé car il m'aimait et se foutait éperdument de ce que je faisais dans la vie.

Il pourrait se prostituer que je ne l’aimerais pas moins. Tout ce qui m’importe c’est de le rendre heureux et que fais-je ? Exactement le contraire, je le torture avec des questions déplacées et inutiles et je le fais pleurer. Voila un autobus qui arrive, si ma vie doit être de faire souffrir celui que j’aime peut être qu’il vaut mieux que je me jette sous ces roues.

Qu'est ce qu'on peut être injuste envers soi-même lorsqu'on fait accidentellement de la peine à l'être qu'on aime. Voilà ce qui passait dans l'esprit d'Alexandre, puis il me dit :

- Excuse-moi ! Je me fous de ce que tu fais, plus jamais je te le demanderai, mais arrête de m’en vouloir. Oublie ma question mais ne me déteste pas.

Entre deux sanglots je bredouillai :

- Comment pourrais-je te détester ? Tout est de ma faute, j’aurais du t’en parler avant.

- Tu m’aimes quand même ?

Je le regarde alors interloqué ne comprenant pas comment il pouvait douter de mon amour.

- Alex, Comment pourrais-je ne pas t’aimer ?

Puis après un sanglot :

- Mais toi tu ne vas plus m'aimer quand je t'aurai dit ce que je fais.

Il se jeta alors sur sa bouche, comme pour m'empêcher de parler, pour un baiser enflammé dans ce lieu public en me foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes.

Ses pleurs avaient cessé même s’il était encore secoué de temps en temps d’un sanglot. Je lui séchai les joues en buvant ses larmes. Je tenais sa tête entre mes mains et je regardais son visage, image du paradis, tentant de la graver le plus fortement dans ma mémoire, persuadé que c'était la dernière fois que je l'admirais. Ses lèvres appelaient silencieusement les miennes et nous nous soudâmes à nouveau, dans le dernier baiser avant ma révélation, tandis que la sainte famille machin nous décochait hardiment des propos venimeux.

***

Alexandre rigola beaucoup de mon aventure avec la baleine. Il fut choqué par celle dans l’église car il était encore croyant, c’était un de ses rares défauts, et pratiquait régulièrement. Un pédé qui se rend à la messe ça me faisait penser à un crocodile qui irait dans une maroquinerie. Il fut impressionné, jaloux, indigné mais soulagé, que je ne sois pas choisi lors de ma visite à l’hôtel du japonais. Amusé par mon service en soubrette et le ménage chez mes propriétaires.

Il prit mes révélations beaucoup mieux que ce que je craignisse.

- Que celui qui n’a jamais péché te jette la première pierre, me dit-il en rigolant.

Il semblait même avoir envie de participer, non pas pour l’argent, ses parents ayant promis de lui en verser régulièrement, mais par curiosité. Je me promis d'en parler à Monsieur Claude, au cas où il aurait une mission à faire à deux

***

A mon réveil ce samedi matin j'ai envie de partir avec Alexandre n'importe où. Alexandre en est ravi et nous choisissons Strasbourg comme destination. Avec le TGV nouvellement terminé nous y serons en peu de temps. C'est une ville qu'aucun des deux ne connait. Le petit déjeuné à peine expédié, la douche rapidement faite, quelques affaires (en cette belle journée d'été, nous n'en auront pas besoin de beaucoup), nous voici en route pour la gare. Durant tout le voyage en train, cote à cote, on ne peut s'empêcher de se tenir par la main, se caresser les cuisses, s'embrasser furtivement ou plus profondément, sous les regards amusés de certains, bienveillant d'autres, indifférent de la majorité, choqués et hostiles de quelques-uns.

Nous rentrons dans l'office de tourisme qui fait face à la gare car dans notre précipitation on avait oublié l'hôtel. La jeune et charmante hôtesse se propose de nous en réserver un tout de suite, voilà qui nous permettra de nous décharger les bras pour flâner plus agréablement dans la ville. Notre choit se porte sur un banal deux étoiles dans le cœur de l'ancienne ville, tout près de la cathédrale. Après avoir pris les clés de la chambre à l'accueil, nous commençons à gravir l'escalier quand le tenancier nous rappelle.

- Messieurs ! Vous ne préférez pas plutôt une chambre avec deux lits ?

Nous sommes réjouis de refuser son offre sous son regard perplexe.

- Il n'y a pas eu d'erreur, c'est bien un lit double qu'on a réservé.

Nos ballades en amoureux sur les canaux de la Petite France, dans les vieilles rues de la ville, nos repas dans les meilleurs restaurants, nos léchages de vitrines, sont merveilleux. Nous nous amusons à repérer les regards qui se portent sur notre couple et à provoquer par des baisers passionnés lorsque ceux-ci sont agressifs, qu'il est agréable d'exhiber ainsi son amour.